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La tempête Xynthia frappait la France il y a 10 ans

Tempête
jeudi 27 février 2020  18H03
Fin février 2010, la tempête Xynthia a provoqué des dégâts sans précédent sur le sud-ouest et centre-ouest de notre pays. Elle a entraîné un bilan très lourd avec 47 victimes en France. La Chaîne Météo, qui était alors en alerte rouge revient sur cet événement météorologique majeur et la chronologie des derniers jours de février 2010.

Entre le 26 février et le 1er mars 2010, la tempête Xynthia a traversé 8 pays d'Europe de l'Ouest, des Canaries vers le Bénélux en passant par la France. Le Portugal, le nord-ouest de l'Espagne, la France, la Belgique, l'Allemagne et le Luxembourg ont été particulièrement touchés, et dans une moindre mesure, le Royaume-Uni puis la Scandinavie. 59 personnes ont perdu la vie, dont 47 pour la France. Ce très lourd bilan est lié au phénomène de surcôte qui s’est produit sur le littoral Atlantique, notamment le littoral charentais et vendéen. La majorité des victimes a péri dans les inondations liées à cette marée de tempête.

La surcote, élément le plus meurtrier de cette tempête

Si Xynthia apparait comme l'une des tempêtes les plus meurtrières et les plus coûteuses depuis les deux tempêtes de décembre 1999, Lothar et Martin, la force des vents, bien que remarquable, n’était pas proche des records, avec au maximum des rafales atteignant tout de même 160 km/h à l'île de Ré et à Scillé (Deux-Sèvres). En janvier 2009, la tempête Klaus avait même atteint une puissance supérieure avec des rafales à 180 km/h. Mais la concomitance de cette tempête avec la marée haute de vive eau (coefficient de 102) a provoqué une surcote remarquable d'environ 1,5 m sur le littoral, provoquant une submersion marine exceptionnelle et meurtrière sur le littoral charentais et vendéen.  Rappelons à ce sujet que les alertes relatives aux submersions littorales n'existaient pas encore à l'époque de Xynthia, et ont été mises en place en octobre 2011 pour mieux anticiper les montées extrêmes du niveau de la mer et prévenir des catastrophes comme celles de la tempête Xynthia. 

Une tempête d'origine subtropicale

La dépression baptisée Xynthia présentait des caractéristiques très particulières, notamment concernant sa formation très au sud, au niveau du tropique du Cancer. Sa naissance au sud des Açores l'a rendue relativement atypique par rapport à des dépressions qui se forment en général plus au nord de l'Atlantique, comme ce fut le cas des deux tempêtes de décembre 1999.

Le creusement dépressionnaire s'est entamé au large de l'archipel de Madère, avant d'entrer en interaction avec une inflexion très méridionale du jet stream. Cette interaction a entrainé la genèse de Xynthia, dont la trajectoire vers la France avait été bien prévue à l'époque par les modèles numériques.

Xynthia s'est donc formée dans l'Atlantique subtropical et est passée sur les îles Canaries le 26 février 2010, occasionnant des vents chauds et de fortes pluies. En remontant vers les côtes portugaises, la dépression s'est creusée davantage, avant de devenir une tempête rapide, intense et profonde, caractéristique des "cyclogénèses explosives". Xynthia ne peut pas être qualifiée de "bombe météorologique", ce qualificatif étant réservé aux dépressions dont le creusement est d'au moins 24 hPa en 24h, ce qui ne fut pas le cas ici.

On constate que la trajectoire de la tempête Xynthia sur la France est assez proche de la moyenne, remontant du golfe de Gascogne vers la Belgique. De nombreuses tempêtes suivent cet axe. Ce qui est plus remarquable, c'est sa formation très au sud, à une latitude inhabituelle. 

Des rafales à 160 km/h et une surcote majeure

Le centre dépressionnaire a atteint le Golfe de Gascogne dans la soirée du 27 février, générant des vents violents de secteur sud qui ont soufflé des Pyrénées au Massif central et à la vallée du Rhône jusqu'à 238 km/h sur les crêtes pyrénéennes (Pic du Midi) et 209 km/h au sommet du Puy de Dôme (63). L'oeil de la dépression a touché terre au niveau des Pays de la Loire à 2h du matin dans la nuit du 27 au 28 février, générant des vents tempétueux sur l'arc atlantique : 120 à 160 km/h sur le Centre-Ouest.

Conjugués à une marée haute de fort coefficient, ces vents orientés au sud-ouest ont engendré une très forte houle de 8 m dans le Golfe de Gascogne, qui a déferlé de plein fouet sur une zone littorale située parfois sous le niveau de la mer : les polders des Charentes et de Vendée. L'onde de tempête a entrainé la rupture des digues anciennes et provoqué de graves inondations. Certaines communes littorales ont été submergées et dévastées par la marée de tempête, tandis que les eaux ont inondé de vastes surfaces dans l'intérieur des terres, sans pouvoir refluer vers la mer.

La tempête a atteint le Centre et le bassin parisien au matin du 28 février. Les vents les plus forts se sont décalés au nord de la Loire, de la Normandie au Pas-de-Calais (rafales de 110 à 120 km/h, localement 130 km/h), avec une pointe enregistrée à 157 km/h au sommet de la Tour Eiffel. En cours d'après-midi, la dépression a atteint la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, puis l'Allemagne et la Scandinavie. Le 1er mars, la dépression s'est comblée en entrainant encore une tempête sur la partie sud de la mer Baltique.

Depuis cette époque, aucune tempête d'ampleur similaire n'a frappé notre pays. S'il fallait faire une comparaison, Xynthia se rapproche beaucoup de la tempête d'octobre 1987 qui avait dévasté la Bretagne et la Basse-Normandie, avec des vents beaucoup plus forts sur 32% de l'hexagone.

La tempête Xynthia apparaît comme une forte tempête hivernale dont les conséquences ont été dramatiques en raison de la concomitance avec la grande marée. Elle reste exceptionnelle par son étendue géographique : 49% de la surface de l'hexagone a été touchée pendant une période de 24h. A titre de comparaison, les deux tempêtes historiques de décembre 1999 avaient concerné 50 et 56% du territoire, dont 6% avec des vents supérieurs à 150 km/h, ce qui reste inégalé à ce jour. 

Xynthia est néanmoins d'une taille et d'une intensité peu communes pour une fin d'hiver.

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