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Il y a 25 ans : la catastrophe de Vaison la Romaine

Catastrophe
dimanche 24 septembre 2017  05H43
Le 22 septembre 1992, la France connut une catastrophe d’ampleur nationale à Vaison-la -Romaine (Vaucluse), située sur les berges de l’Ouvèze. Cette rivière, gonflée par des orages diluviens, se transforma en torrent meurtrier. A Vaison et dans 5 communes limitrophes, la crue fit 47 morts. La Chaîne Météo revient sur l'historique et les causes de cet évènement majeur avec les explications de nos météorologues Régis Crépet et Cyrille Duchesne.

 

Les épisodes Cévenols : un classique des régions du sud

En automne, le sud de la France est habitué à être régulièrement touché par des épisodes d’intempéries connus sous le terme « d’épisodes cévenols » qui se produisent lorsque de fortes pluies se bloquent durablement sur les départements des Cévennes, ou « d’épisodes méditerranéens » lorsque ce type d’intempéries se produit, de la même façon, sur l’ensemble des régions du sud-est. Ces phénomènes Cévenols sont habituellement intenses mais celui de Vaison la Romain fut exceptionnel a plus d’un titre et les causes du tragique bilan de cet épisode historique sont à chercher dans la conjonction de plusieurs facteurs.

Vaison la Romaine : un contexte météorologique aggravant

Après un été orageux, l’automne 92 est particulièrement pluvieux en France. On compte plusieurs épisodes « méditerranéens » et cévenols en septembre, octobre et novembre. L’épisode de Vaison la Romaine intervient le 21 et 22 septembre : outre les Cévennes, des orages stationnaires diluviens éclatèrent de part et d’autre de la vallée du Rhône et provoquèrent une crue exceptionnelle sur une rivière provençale – l’Ouvèze - en raison de cumuls pluviométriques remarquables.

Le scénario météo initial est assez classique pour la saison. Avec l’arrivée du front froid d’une perturbation dès le 21 septembre par le Massif-Central, les vents orientés au sud-est font remonter de l’air chaud gorgé d’humidité en provenance de Méditerranée : c’est le processus habituel de la mise en place d’un « épisode méditerranéen ». Parallèlement une dépression située dans le nord du Golfe Gascogne fait descendre de l’air frais océanique sur l’ouest de la France.

Ce fort conflit thermique, renforcé par une température de l’eau encore chaude à cette période de l’année en Méditerranée (24°C) rend la masse d’air très instable (apport en chaleur et humidité), une instabilité qui se trouve décuplée par un autre facteur aggravant : le creusement d’une dépression secondaire sur le golfe du Lion.

 

 

 

Chronologie d’une catastrophe

Dès le 21 septembre un bulletin d’alerte météo est émis. Ce jour-là, l’arrivée du front froid provoque un épisode cévenol actif, qui concerne surtout le nord de l’Hérault et le Gard, le sud de la Lozère et de l’Ardèche. On relève 448 mm de pluie au Caylar dans l’Hérault soit l’équivalent de 2 mois et demi de précipitations (un record). Au passage des orages, de violentes rafales de vent sont enregistrées à Nîmes-Garons (155 km/h).

Le 22 septembre, ce système orageux encore violent sur l’Ardèche et le Gard prend de l’ampleur en se décalant lentement à l’est du Rhône, où l’on relèvera entre 200 et 300 mm de pluie en 4 à 5 heures (pour une moyenne mensuelle d’environ 80 mm dans la région).

Dès 10h, les pompiers demandent l’évacuation d’un camping situé à la confluence de l’Ouvèze et du Lauzon, en amont du pont romain. La plupart des campeurs refusent d’évacuer. Sur Vaison La Romaine, les orages tournent alors à la catastrophe.

Deux épisodes orageux séparés par une accalmie d’une heure environ donnent lieu à des précipitations de très fortes intensités, dépassant les 3 mm/minute (3 litres d’eau au m 2 /minute). Entre 11h et 12h le premier orage éclate. Il est suivi par un second orage qui éclate entre 13h et 16h, avec des pluies qui s’intensifient. L’eau envahit rapidement les rues de la ville.

 

 

A 15h une première coulée de boue de 50 cm submerge le camping municipal puis à 16h un second torrent d’eau et de boue emporte tout sur son passage, dont des caravanes. Les eaux en furie de la « crue éclair » atteignent 17 mètres de hauteur au goulet d’étranglement du pont romain, passant à 2 mètres au-dessus du tablier du pont. On relève 179 mm à Vaison-la- Romaine mais 240 mm à Mollans-sur- Ouvèze et 300 mm à Entrechaux, sur la partie amont du bassin-versant. A Orange (25 km de Vaison), on relève « seulement » 51 mm, ce qui illustre la très grande variabilité spatiale des quantités de pluies pouvant se produire lors d’un tel épisode.

 

 

A 17h, c’est le déclenchement du plan ORSEC, et l’arrivée des premiers secours. La décrue s’amorce dans la soirée et très vite la constatation des premiers dégâts s’impose : camping dévasté, maisons construites dans le lit majeur de la rivière totalement sinistrées, centaine de maisons proches du pont romain détruites, parapets des ponts emportés, sites gallo-romains endommagés, et surtout un bilan humain très lourd à déplorer.

Si le contexte météo a été très défavorable ce jour-là, il ne suffit pas à lui seul à expliquer la violence du phénomène, dont les causes sont également liées à la localisation de Vaison la Romaine.

 

Fortes pentes et réseau hydrographique dense

En effet Vaison la Romaine se situe dans une zone de collines, transition entre la large plaine du Rhône et les reliefs du Mont Ventoux et des Baronnies. L’Ouvèze, longue de 93 km, draine un bassin-versant de 880 km2 dont 580 km2 en amont de Vaison. Le dénivelé total de la rivière atteint 880 m depuis sa source dans la montagne de Chamouse et sa confluence avec le Rhône. Le bassin-versant de l’Ouvèze qui s’étire largement vers l’est correspond à un bassin de moyenne montagne avec des reliefs culminant à plus de 1000 mètres d’altitude, présentant des pentes assez abruptes. De plus le réseau hydrographique de l’Ouvèze est très hiérarchisé avec de nombreuses petites rivières latérales qui descendent des collines ou montagnes environnantes. Le Toulourenc, affluent de l’Ouvèze, descendant du versant nord du mont Ventoux, présente un régime hydrologique plus montagnard, et plus réactif aux crues torrentielles. Il se jette à Vaison La Romaine à l'entrée de la ville.

Ce jour-là, l’apport conjugué des affluents de l’Ouvèze (Toulourenc, Aigue Marce, Grozeau et Lauzon) déjà gonflés par les fortes précipitations transforment le pont antique en goulet d’étranglement. La crue est rapide et brutale avec un débit de pointe proche de 1200 m3/s alors que la crue décennale avait été de l’ordre de 300 m3/s pour un débit moyen habituel de 6 à 10 m3/s.

 

 

Exemple d'une crue éclair

 

 

Un phénomène exceptionnel qu’avait déjà connu Vaison

 

La crue de l’Ouvèze s’est caractérisée par sa courte durée et par son intensité remarquable. En 4 heures il est tombé entre 150 et 300 mm sur une grande partie du bassin versant et il ne s’est écoulé que 5 heures entre l’inondation et l’amorce de la décrue. La cité antique avait déjà connu pareils épisodes par le passé. Des textes rappellent en effet que des crues avaient eu lieu au XIXè (1840,1868 et 1886) mais aussi en 1616 où l’eau était également passée au-dessus du pont romain.

Les épisodes de fortes pluies d'automne sont une des caractéristiques du climat méditerranéen et concernent tous les pays riverains. La récurrence de ces épisodes est même qualifiée de "mousson méditerranéenne" par les géographes.

Ces dernières années, leur survenue est devenue moins fréquente, mais dans la décennie 1990 - 2000, de véritables catastrophes s'étaient produites, souvent dévastatrices, meurtrières et très couteuses.

 

 

Vaison la Romaine restera à jamais marquée par cet événement aux conséquences dramatiques. Bien que les raisons de cette catastrophe soient d’abord et principalement naturelles (météo et géographie), on ne peut exclure une amplification du phénomène liée à des causes anthropiques (modes d’occupation des sols et de gestion des lits des cours d’eau). Et si le nombre de victimes et le coût que de telles catastrophes entraînent doivent rester dans la mémoire collective, c’est aussi pour nous rappeler que l’homme a un rôle essentiel à jouer pour une meilleure cohabitation entre ses préoccupations et les caprices de dame nature.

 

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